

Edition du 12 avril 2005
L'ESPOIR AU MILIEU DES RAYONS
by Steven ElkaimPoches vides ou pleines, tous les clients sont bienvenus à TIKVA MARKET. Un supermarché qui toute l'année met la générosité en promotion. Petite histoire d'une utopie devenue réalité.
TIKVA MARKET, rue Katzenelbogen à Jérusalem, est un supermarché que rien ne distingue des autres. Et c'est là toute sa réussite.
Les ménagères, comme partout, poussent et remplissent leurs chariots. La seule différence avec les enseignes concurrentes intervient au moment du passage en caisse. Les clients ordinaires s'acquittent alors normalement du montant de leurs achats tandis que certains présentent, en toute discrétion, une carte leur permettant de ne payer que 10% de la facture totale.
Ce sésame a été imaginé en Janvier par Edouard-Hayim Knopfer, président de l'association caritative TIKVA MARKET: "Quand on est dans le besoin, tendre la main pour se nourrir est un geste humiliant. Alors qu'en se promenant comme n'importe quel consommateur dans les rayons, en choisissant librement ses articles, le sentiment d'exclusion disparaît."
Un système original qui s'est imposé comme une évidence aux yeux de Edouard-Hayim Knopfer.
Ce Français de 39 ans monté en Israël en 2001, est d'emblée frappé par la misère touchant nombre de ses nouveaux compatriotes. Avec quelques bénévoles, il met donc sur pied des distributions de colis alimentaires en direction des plus démunis avec le soutien financier de donateurs de la diaspora.
Mais cette forme d'aide, pourtant indispensable, révèle des lacunes. "Outre le sentiment de honte qu'éprouvaient ceux qui venaient chercher leur colis, nous nous sommes rendu compte que ces cartons au contenu toujours identique ne répondaient pas toujours à des besoin forcément individuels. Par exemple une mère de famille aura besoin de couches pour son bébé ce qui n'est pas le cas d'un célibataire ou d'une personne âgée."
Les assistantes sociales de TIKVA MARKET en partenariat avec les services sociaux de la ville de Jérusalem repèrent les personnes en difficulté pour cerner au mieux leur situation financière. Une semaine après cette enquête, menée dans la confidentialité, les familles reçoivent la fameuse carte ouvrant droit à réduction et fixant un volume d'achat maximum, calculé en fonction du nombre de personnes qui composent le foyer.
Ainsi une famille privée de ressources avec trois enfants profite d'une réduction de 90% pour un montant mensuel de 1500 shekels.
Aujourd'hui 350 familles – soit 1800 adultes et enfants – bénéficient des services du Tikva Market. Cette aide est limitée à six mois afin d'éviter le piège de l'assistanat : " Nous informons immédiatement les gens que ce soutien est temporaire. Notre but est qu'ils prennent conscience qu'une perche leur est tendue et que peut-être, grâce à elle, ils se sortiront d'une, mauvaise passe."
Le président poursuit : " Il faut savoir que, souvent, on se trouve brutalement plongé dans une situation que rien ne laissait prévoir: la perte d'un emploi, la disparition d'un pilier financier de la famille. Durant ces moments, un soutien est précieux: Il évite de basculer dans la pauvreté."
Pour pérenniser son action, Hayim Knopfer s'est souvenu qu'avant de s'installer en Israël et de se consacrer aux déshérites, il avait été un gestionnaire avisé.
Ainsi, deux équipes de cinq volontaires chacune se relaient tous les jours au téléphone de 8h à 23h pour solliciter, à travers le monde, la générosité des donateurs. Aujourd'hui TIKVA MARKET compte une douzaine de membres actifs.
Mais les effectifs pourraient bien gonfler, car la notoriété de l'association a largement dépassé l'agglomération de Jérusalem.
Les municipalités de Netanya, et Ashdod sont très intéressées non seulement par le TIKVA MARKET mais aussi par d'autres projets. " Les besoins sont immenses, constate Edouard-Hayim Knopfer. "Je souhaiterais évidemment avoir le moins de clients possible, mais ce n'est pas encore le cas, pour l'instant…", admet cet incorrigible optimiste.
Outre des ateliers de diététique ou d'économie familiale, l'association travaille pour l'heure à adapter le concept de TIKVA MARKET au logement.
Pendant 100 jours, des familles sans toit pourraient, contre une somme très modique, disposer d'un appartement.
Un doux sourire aux lèvres, Edouard-Hayim Knopfer confie que "c'est en bonne voie" et insiste pour qu'il soit fait honneur aux donateurs "sans qui rien ne serait possible".
Quant à lui, il assure que depuis son arrivée en Israël, il est un autre homme:
"Avant, je ne pensais qu'à moi".

Tikva Market ou les Supermarchés de l'Espoir
Nous avons le plaisir de recevoir Edouard-Hayim Knopfer, président de l'association caritative: Tikva Market – Les Supermarchés de l'Espoir.
Quelle est la particularité de ces supermarchés d'un nouveau genre ?
Les "Tikva Market" ont pour vocation de permettre aux personnes les plus démunies, de venir faire leurs courses au sein de superettes de quartier, et de leur permettre de pouvoir acheter à prix réduit, ce dont ils ont réellement besoin.
Vous dites "acheter à prix réduit", qu'entendez-vous par là ?
Les familles les plus nécessiteuses n'ont à payer que 10% du montant affiché c'est-à-dire qu'ils bénéficient d'une réduction de 90%.
A titre d'exemple, un poulet vaut 2 shekels (0.40 euros), un paquet de pâtes 0.50 shekel (0.10 euros), un litre d'huile 0.50 shekel (0.10 euros) …
Pourquoi ne pas plutôt offrir la nourriture ?
Nous faisons en sorte qu'en entrant dans un "Tikva Market" les plus nécessiteux recouvrent leur dignité et passent du statut d'exclu à celui de client.
Le geste de tendre la main pour se nourrir est l'une des épreuves les plus humiliante qui soit donné à un individu.
Ainsi, celui qui auparavant baissait les yeux en recevant de la nourriture, se retrouve aujourd'hui à faire ses courses, arpentant les rayonnages un chariot à la main, comme tout un chacun.
Ces superettes ayant pignon sur rue, tout le monde peut donc y entrer…!
Tout à fait, mais seules les familles réellement nécessiteuses peuvent bénéficier de ces tarifs privilégiés.
Les autres clients, quant à eux, payent 100% du prix affiché.
Cette accessibilité à tous, outre le fait qu'elle finance les frais de structure, évite que les Tikva Market soient connus comme un lieu réservé aux pauvres de la ville, à l'image de soupes populaires.
C'est au contraire un lieu de mixité et d'échange où riches et pauvres se croisent.
Comment savez-vous qu'une famille est vraiment nécessiteuse?
Afin d'éviter tout abus et toute aide non justifiée, des assistantes sociales sont chargées de mener des enquêtes de voisinage, et de procéder à des vérifications très poussées lors de la visite chez les familles.
Mais s'il est important de ne pas aider à tort, il demeure capital de rechercher ceux, qui par pudeur ou crainte ne se manifestent pas.
Et c'est là que le rôle des municipalités entre en jeu. Car les services sociaux nous adressent en priorité leurs cas les plus critiques.
Comment cela se passe t-il concrètement ?
Tout se déroule dans la plus grande discrétion, deux semaines après l'enquête, la famille nécessiteuse reçoit une carte lui donnant droit à une réduction et à un volume d'achat maximum en fonction de la situation financière et du nombre de personne.
A titre d'exemple, une famille avec 3 enfants privée de ressource, reçoit une réduction de 90% pour un montant mensuel de 1.500 Shekels soit environ. soit environ 260 Euros.
Elle peut ainsi faire face à ses achats en produits de base: viande, farine, huile, riz, pâtes, sucre …
Cette aide est-elle limitée dans le temps ?
Effectivement, l'aide apporté n'est que d'une durée de douze mois, car le but n'est pas de rentrer dans une logique d'assistanat, mais d'aider activement.
Beaucoup de familles dont nous nous occupons, ont sombré dans le désarroi à cause d'un choc causé par la perte d'un emploie ou la disparition du pilier financier de la famille.
Durant ces moment clés et imprévisibles, un soutien d'une courte durée aurait bien souvent permit à une famille de ne pas basculer dans la pauvreté et l'exclusion.
D’où est venue cette innovation 100% Israélienne ?
Lors de nos distributions de colis de nourriture que nous effectuions, nous nous sommes aperçu de deux problèmes: Premièrement, ceux qui venaient récupérer leur carton ressentaient un sentiment de honte.
Mais également le contenu des cartons standardisés que nous préparions ne répondait pas souvent aux exigences propres à chaque famille.
Les besoins d'une mère de famille, n'étant pas les mêmes que ceux d'une personne âgée atteinte de diabète.
D'ou provient le financement des 90% manquant?
Nous faisons appel à la générosité des donateurs de la diaspora et plus particulièrement aux juifs de France, qui répondent toujours présents à nos appels et qui méritent une fois encore nos plus chaleureux remerciements.
Ce que nous demandons simplement à chaque juif, c'est un geste de solidarité à l'égard de ces gens qui ne savent plus vers qui se tourner.
Vous savez, grâce à un don de 50 euros nous pouvons permettre à une famille avec 2 enfants de se nourrir pendant 1 semaine, c'est énorme.
Tikva Market est-il cautionné par des personnalités connues du grand public?
Bien sûr, sans quoi il nous serait impossible d'effectuer nos actions tant de collecte de dons, que de redistribution, parmi ceux qui nous ont rejoints dés la première heure je me dois de citer, le Maire de Jérusalem - Ouri Loupolianski le Grand Rabbin d'Israël Rav Chlomo AMAR, le Rav Ovadia Yossef, et l'ensemble de la classe politique de Elie YSHAI à Shimon PERES ou Benjamin NETANYAHOU nous ayant d'ailleurs gratifié de leur visite au sein de nos établissements.
De plus grâce à nos antennes de collecte située en France et des Etats-Unis, nous délivrons automatiquement des reçus Cerfa pour tout don.
Si vous aviez un souhait?
Ne plus avoir de client !





